Alfred de VIGNY 10 LA, 1861-1863, à Augusta Bouvard ; 24 pages in-8 montées sur onglets sur des ff de papier vergé, le tout relié en un volume in-8 demi-maroquin vert à coins avec filet doré, dos à nerfs orné de fleurons dorés, étui (Devauchelle) Importante correspondance, témoignage pathétique des trois dernières années de la vie du poète, à Augusta Bouvard, le « dernier amour » [Augusta Froustey, dite Bouvard (1836-1882), fille naturelle du baron Poupart de Wilde, a rencontré Vigny en 1858 ; elle est alors préceptrice dans une famille russe Un an plus tard, Vigny l’installera dans un meublé, près de chez lui, rue du Colisée ; elle vivra désormais de leçons particulières Cette liaison dura jusqu’à la fin de la vie de Vigny, souffrant près de deux ans un terrible martyre de la « gastralgie » ou cancer gastrique qui devait l’emporter (« les lugubres lettres d’amour de Vigny vieillissant à une jeune institutrice », a écrit Francis Ambrière) : la dernière lettre, ici recueillie, est écrite moins d’un mois avant sa mort ; quelques jours auparavant, Vigny avait rédigé un codicille à son testament, léguant à Augusta (alors enceinte) une somme de 20000 francs, « en témoignage de l’attachement particulier que je lui ai voué et de mon estime pour son caractère courageux, pour ses talents rares et sa vie laborieuse » La plus grande partie des lettres de Vigny (38) à Augusta a été révélée par VL Saulnier en 1952, Lettres d’un dernier amour : « Ces textes sont extrêmement émouvants, bouleversants parfois ; cruels témoignages sur l’agonie d’un grand poète ; jamais nous n’avons été si près de lui, dans l’intimité la plus humaine » Une version très romancée de cette liaison a été donnée par Maurice Toesca, Un dernier amour, Alfred de Vigny et Augusta (Albin Michel, 1975), avec des fragments d’une douzaine de nouvelles lettres Cette correspondance, selon Madeleine Ambrière, « permet de suivre un itinéraire fiévreux et pathétique d’amour et de mort », « la triste histoire, dans la nuit de la souffrance des dernières années, des amours encore mal connues avec Augusta Bouvard, sous le signe des illusions perdues »] * Jeudi à midi 12 septembre [1861] (8 pages) « Je ne souffre plus mais j’ai cruellement souffert – Depuis Jeudi dernier, je ne pouvais plus rien manger un bouillon sans pain, une tasse de lait, tout était repoussé à l’instant par l’estomac […] J’ai toujours gardé le lit depuis huit jours – La nuit et le jour il y a deux personnes à mon chevet Il m’est défendu de parler parce qu’il a suffi de dire un mot pour me faire autant de mal que si je mangeais […] on ne me soutient absolument qu’avec du lait de chèvre Ce sont les jolies petites chèvres du jardin Catelan qui m’envoient tous les jours leur lait avec beaucoup de bonté Je n’ai plus cette affreuse douleur contre laquelle j’ai lutté dix-huit mois Mais je ne reprends pas la force de sortir du lit » Il s’inquiète de la sûreté de leur correspondance « Il n’y a que le silence et la solitude absolue qui puissent en ce moment me conduire peu à peu à reprendre dans quelques jours, dit-on, la force de me lever et de supporter quelque nourriture Me voilà comme les naufragés de la Méduse, pauvres affamés à qui l’on défendait de manger en arrivant au port parce qu’un morceau de pain les eût tués J’ai été jusqu’au bout de mes forces » Il engage Augusta à beaucoup travailler « pour oublier le chagrin que te fait mon absence et mon silence forcé – Souviens-toi que c’est la seule peine qui te soit venue de moi et qu’elle est involontaire » Il ne sait comment il lui fera parvenir cette lettre… « Je suis heureux de penser que tu as, près de toi, Héloïse Tu peux à présent voir tout Paris avec elle, et avec Black Elle peut jouir de ta liberté sans crainte de me rencontrer Tu auras le temps de voir ta bonne Anna et de l’installer – Tu es bonne comme un Ange pour elle » Il ajoute, vendredi : « Toujours bien faible Le lait des petites chèvres me plaît parce que je me souviens que tu les aimes Mais je ne pe
Alfred de VIGNY 10 LA, 1861-1863, à Augusta Bouvard ; 24 pages in-8 montées sur onglets sur des ff de papier vergé, le tout relié en un volume in-8 demi-maroquin vert à coins avec filet doré, dos à nerfs orné de fleurons dorés, étui (Devauchelle) Importante correspondance, témoignage pathétique des trois dernières années de la vie du poète, à Augusta Bouvard, le « dernier amour » [Augusta Froustey, dite Bouvard (1836-1882), fille naturelle du baron Poupart de Wilde, a rencontré Vigny en 1858 ; elle est alors préceptrice dans une famille russe Un an plus tard, Vigny l’installera dans un meublé, près de chez lui, rue du Colisée ; elle vivra désormais de leçons particulières Cette liaison dura jusqu’à la fin de la vie de Vigny, souffrant près de deux ans un terrible martyre de la « gastralgie » ou cancer gastrique qui devait l’emporter (« les lugubres lettres d’amour de Vigny vieillissant à une jeune institutrice », a écrit Francis Ambrière) : la dernière lettre, ici recueillie, est écrite moins d’un mois avant sa mort ; quelques jours auparavant, Vigny avait rédigé un codicille à son testament, léguant à Augusta (alors enceinte) une somme de 20000 francs, « en témoignage de l’attachement particulier que je lui ai voué et de mon estime pour son caractère courageux, pour ses talents rares et sa vie laborieuse » La plus grande partie des lettres de Vigny (38) à Augusta a été révélée par VL Saulnier en 1952, Lettres d’un dernier amour : « Ces textes sont extrêmement émouvants, bouleversants parfois ; cruels témoignages sur l’agonie d’un grand poète ; jamais nous n’avons été si près de lui, dans l’intimité la plus humaine » Une version très romancée de cette liaison a été donnée par Maurice Toesca, Un dernier amour, Alfred de Vigny et Augusta (Albin Michel, 1975), avec des fragments d’une douzaine de nouvelles lettres Cette correspondance, selon Madeleine Ambrière, « permet de suivre un itinéraire fiévreux et pathétique d’amour et de mort », « la triste histoire, dans la nuit de la souffrance des dernières années, des amours encore mal connues avec Augusta Bouvard, sous le signe des illusions perdues »] * Jeudi à midi 12 septembre [1861] (8 pages) « Je ne souffre plus mais j’ai cruellement souffert – Depuis Jeudi dernier, je ne pouvais plus rien manger un bouillon sans pain, une tasse de lait, tout était repoussé à l’instant par l’estomac […] J’ai toujours gardé le lit depuis huit jours – La nuit et le jour il y a deux personnes à mon chevet Il m’est défendu de parler parce qu’il a suffi de dire un mot pour me faire autant de mal que si je mangeais […] on ne me soutient absolument qu’avec du lait de chèvre Ce sont les jolies petites chèvres du jardin Catelan qui m’envoient tous les jours leur lait avec beaucoup de bonté Je n’ai plus cette affreuse douleur contre laquelle j’ai lutté dix-huit mois Mais je ne reprends pas la force de sortir du lit » Il s’inquiète de la sûreté de leur correspondance « Il n’y a que le silence et la solitude absolue qui puissent en ce moment me conduire peu à peu à reprendre dans quelques jours, dit-on, la force de me lever et de supporter quelque nourriture Me voilà comme les naufragés de la Méduse, pauvres affamés à qui l’on défendait de manger en arrivant au port parce qu’un morceau de pain les eût tués J’ai été jusqu’au bout de mes forces » Il engage Augusta à beaucoup travailler « pour oublier le chagrin que te fait mon absence et mon silence forcé – Souviens-toi que c’est la seule peine qui te soit venue de moi et qu’elle est involontaire » Il ne sait comment il lui fera parvenir cette lettre… « Je suis heureux de penser que tu as, près de toi, Héloïse Tu peux à présent voir tout Paris avec elle, et avec Black Elle peut jouir de ta liberté sans crainte de me rencontrer Tu auras le temps de voir ta bonne Anna et de l’installer – Tu es bonne comme un Ange pour elle » Il ajoute, vendredi : « Toujours bien faible Le lait des petites chèvres me plaît parce que je me souviens que tu les aimes Mais je ne pe
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